Sexe : les "cathos" décoincés ? - Le Monde , 5 juin 2004

 

"Contrairement aux idées reçues, les catholiques ont une vie sexuelle parfaitement normale et épanouie. Leur sexualité est aussi libérée que celle de tous les français sans religion. 75% des catholiques disent n'avoir jamais renoncé à quelque pratique sexuelle que ce soit ''pour des motifs religeiux'', 63% s'affirment ''libres'' de tout interdit. Pour plus des deux tiers (67%), la sexualité est considérée comme un élément ''important'' de leur vie. Cette enquête a été publiée le 27 mai par l'hebdomadaire Pélerin (...) Elle prête à une double interprétation. D'une part, cette liberté sexuelle est typique d'une volonté d'autonomie toujours plus grande des fidèles par rapport aux prescriptions de leur Eglise (...) Les notions de péché et de culpabilité liées à l'acte sexuel reculent. L'acte sexuel ne se fonde plus sur des prescriptions imposées d'en haut, mais sur une liberté de la conscience toujours davantage postulée.

Mais une autre interprétation est possible : celle d'une meilleure compréhension de la morale sexuelle telle que la propose le magistère du Vatican, au-delà des clichés qui, dans ce domaine, accablent l'Eglise (...) A cet égard, le livre d'un philosophe, Yves Semen, qui vient de sortir chez un éditeur laïque - La sexualité selon Jean-Paul II - fait du bruit. Il tente de démontrer que l'opinion publique et les médias ont tout faux quand ils présentent le pape comme le ''Père Fouettard'' de la planète.

L'auteur plonge dans la grande tradition biblique et théologique pour montrer que l'Eglise n'a pas toujours été l'ennemie du plaisir sexuel (...) Jean-Paul II ne dit pas autre chose, estime Yves Semen, qui a étudié par le menu les enseignements que Karol Wojtyla donnait comme prêtre polonais et ses cinq années de catéchèses sur ce sujet au début de son pontificat (...) Pour lui, c'est le don que chaque personne fait de son corps à l'autre qui ''humanise'' la sexualité. Le rapport sexuel est défiguré s'il est réduit à la soumission de l'autre comme objet de plaisir. La fécondité en est le fruit second, mais toujours potentiellement présent, comme preuve de la sincérité de ce ''don''. De cet enseignement, conclut Yves Semen, on ne peut plus continuer à dire que le catholicisme ''hait le corps humain''.

Une telle thèse ne fera pas l'unanimité. Sans doute les déformations médiatiques sont-elles ici évidentes. Le discours de l'Eglise sur l'amour ne se réusme pas en effet à un catalogue d'interdits. ais celle-ci doit aussi se demander pourquoi l'opinion ne retient d'elle qu'une morale aride, désséchée, ennemie du plaisir et de la liberté."

 

Henri Tincq

 

 

Jean-Paul II célébre la sexualité - Le Parisien, 27 mai 2004

 

 "L'Eglise ne condamne pas la sexualité pusqu'elle est ''d'essence divine''. C'est la thèse très novatrice du livre choc, La sexualité selon Jean-Paul II, qui apraît aujourd'hui aux Presse de la Renaissance. Synthèse fidèle et pédagogique des 129 audiences générales du mercredi que le Saint Père a consacrées à la ''théologie du corps'' de 1979 à 1984, cet ouvrage écrit par le philosophe Yves Semen, rompt de manière spectaculaire avec la doctrine traditionelle de l'Eglise sur la sexualité. A tel point que George Weigel, biographe américain du pape, n'hésite pas à parler à propos de la théologie du corps de Jean-Paul II de 'bombe à retardement théologique'' (...)"

 

Philippe Baverel

 

 

Et Dieu créa le sexe - Le Figaro littéraire, 27 mai 2004

 

"L'objectif de toute  une intelligentsia progressiste, on le sait, est d'essayer de faire du pape, qui voyage beaucoup, une sorte de VRP du préservatif. Les objectifs de ces bonnes âmes varient. Hier, il s'agisait de rétablir un équilibre démographique menacé par la prolifération humaine. Aujourd'hui la lutte contre la pandémie du sida passerait par l'inscription du droit au condom parmi les droits de l'homme. Dans les deux cas, l'obstination de Sa Sainteté à s'en tenir à la doctrine traditionelle de l'Eglise en matière de sexualité est tenue pour responsable du malheur des peuples.

Pour Yves Semen, la réalité est tout autre : fidèle à l'Incarnation du Verbe de Dieu, Jean-Paul II a conçu une véritable ''théologie du corps'', où apparaît un sexe d' ''essence divine'' (...) La ''révolution wojtylienne'', prédit notre auteur, sera à la sexualité ce que la révolution copernicienne a été à l'astronomie : ''un retournement complet de perspective''. Diable ! (...)

Résumons : le pape ne lâche rien. Comme le dit l'auteur, il s'agit d'un ''cadre d'attendus nouveau à la position classique de l'Eglise'' (...) Question : pourquoi le ''trésor'' de Jean-Paul II est-il resté ainsi caché ? Maintenant découvert, peut-il réparer les dégâts ? Nul mieux que le pape, sinon M. Semen, devrait savoir le risque que l'on encourt à verser un vin nouveau dans des outres anciennes."

 

Philippe Simonnot

 

 

"Coincés ? Allons donc ! - Pélerin, 27 mai 2004

 

"Que n'a-t-on dit - et médit - sur les catholiques et la sexualité ? Même s'il faut bien admettre que derrière la caricature pointait, parfois, quelque vérité. S'il a toujours existé, dans l'Eglise, une vision ''optimiste'' sur le corps humain, c'est souvent, à travers l'Histoire, la vision pessimiste qui l'a emporté. Au point de faire du ''péché de la chair'' l'abomination de la désolation ! On sait les drames qu'une telle obsession du péché a pu engendrer. Même s'il est permis de penser que l'hyperérotisation de notre société génére au moins autant de névroses. Aujourd'hui, où en sont les catholiques ? Le livre choc qui paraît cette semaine, sous la signature d'Yves Semen, La sexualité selon Jean-Paul II, illustre, pour l'Eglise, l'étendue du chemin parcourru. Le pape y enseigne que ''linstinct sexuel est un don de Dieu''. Les catholiques, de leur côté, comme le révèle notre enquête et notre sondage, paraissent avoir  trouvé le chemin d'une saine gestion de leur sexualité, aux antipodes des clichés faciles et des idées reçues. Une sexualité qui n'a pas à pâtir, disent-ils, de son lien avec le sentiment amoureux, ni avec le choix du mariage, dela fidélité et du don de la vie. Même si l'on vérifie, chez nombre d'entre eux, une distance affichée avec l'enseignement du Magistère sur la contraception. Cela reste, aujourd'hui encore, le principal obstacle à la réception de la ''bonne nouvelle'' de l'Eglise sur la sexualité humaine."

 

René Poujol