PREFACE

 

par Mgr Dominique REY

Evêque de Fréjus-Toulon

 

 

   Dans ses catéchèses du mercredi consacrées à l’amour humain dans le plan divin, Jean Paul II a élaboré une anthropologie qui met en valeur le caractère novateur et éclairé de la théologie du corps. Avec un réel talent pédagogique, Yves Semen a voulu faire profiter le lecteur des recherches de cette théologie et rendre accessible au grand public la pensée du pape. Celle-ci « cherche à comprendre et à interpréter l’homme en ce qui est essentiellement humain ». En se basant sur l’expérience des significations de la sexualité qui émerge a la conscience. en commentant fidèlement l’enseignement de Jean Paul II sur la théologie du corps, Yves Semen souligne les avancées «personnalistes» par rapport à une théologie classique du mariage plus «institutionnaliste» et donc plus «objectiviste», voire «physiciste». On notera aussi l'enracinement profondément scripturaire de cette théologie du corps selon Jean Paul II.

 

            Il faut en effet souligner que le Concile, dans sa Constitution Gaudium et Spes, faisant droit à certaines requêtes personnalistes du début du XX° s., avait choisi de présenter le mariage non pas d’abord comme une institution, un «officium naturæ», mais comme une «communitas vitæ et amoris conjugalis», mettant en avant d’abord les valeurs personnelles de l’amour.

 

            Jean Paul II, dont la formation philosophique a été imprégnée de personnalisme, se situe évidemment dans cette ligne, et précise dans ses écrits «Familiaris Consortio » et ses « catéchèses du mercredi» ces avancées personnalistes. Il reste que sa formation théologique, nettement d’inspiration thomiste, corrige un certain « personnalisme psychologique » qui aurait tendance à insister exclusivement sur les données subjectives de l’amour conjugal, au risque de minimiser les données objectives du corps, en développant un «personnalisme objectif ou ontologique» qui veut montrer comment chez l’homme, le corps, du fait de son unité substantielle avec une âme spirituelle, est doté d’un «langage» et d’une «signification sponsale». Il montre ainsi comment la «signification» sponsale du corps s’enracine dans sa «structure intime» qui l’ordonne intrinsèquement à la donation interpersonnelle des époux dans l’amour.

 

            Le présupposé de ces avancées, qui me semble être un authentique «principe de synthèse» de la pensée de Jean Paul II en la matière, c’est, selon l’expression originale de Gaudium et Spes, l’idée de «nature de la personne humaine» (GS 51) qui est «une de corps et d’âme» («corpore et anima unus» GS 14). C’est ce qui permet d’affirmer que la sexualité, qui s’incarne dans la réalité corporelle de l’homme et de la femme, est une «composante fondamentale» de la personne ; la masculinité et la féminité sont des attributs de la personne et la qualifient dans son «unité substantielle» ou dans sa «totalité unifiée», et donc ne sont pas une simple différence accidentelle, auquel cas cela pourrait induire des comportements sexuels où la différence n’a plus d’importance et où les significations unitive et procréatrice de la sexualité pourraient être dissociées, au gré de la sincérité des sentiments subjectifs.

 

 

            Au fond, la grande idée que développe Jean Paul II, en particulier dans ses catéchèses sur la théologie du corps, c’est que le caractère sponsal du corps est l’incarnation de la capacité de la personne à aimer comme don de soi. Dans Veritatis Splendor, Jean Paul II reviendra sur cette unité substantielle du corps et de l’âme qui constitue la «nature de la personne humaine», contre tout dualisme qui consisterait à rejeter le corps à la périphérie de la personne : le corps et l’âme sont intérieurs l’un à l’autre.

 

Dans un contexte relativiste et pluraliste en matière de morale, cet ouvrage d’Yves Semen nous permet de reconsidérer, dans une grande fidélité à l’enseignement moral de l’Eglise, comment la résurrection du corps éclaire la réalité actuelle de la sexualité.