Préface du cardinal Philippe Barbarin 

Archevêque de Lyon

Primat des Gaules

 

 

De 1979 à 1984, durant les premières années de son pontificat, le Pape Jean-Paul II a offert à l’Eglise et au monde un enseignement d’une grande richesse sur le corps et le mariage en 129 audiences générales du mercredi. Nourrie de sa proximité avec les étudiants - dont il était l’aumônier - et de ses travaux comme professeur de théologie morale et d'éthique sociale au Grand Séminaire de Cracovie et à la Faculté de théologie de Lublin, sa théologie du corps apporte une réponse lumineuse à un nombre croissant de personnes en quête de repères et de sens.

 

On constate en effet l’intérêt grandissant porté depuis ces dernières années à ce domaine de la théologie, et pas seulement chez les chrétiens. Cette tendance est plus perceptible encore aux U.S.A. qu’en Europe, comme en témoignent par exemple l’œuvre de vulgarisation entreprise par Christopher West et Carl Anderson et l’impact de leurs publications. Elle semble confirmer le jugement de George Weigel qui, dans sa célèbre biographie Jean-Paul II, témoin de l’espérance, écrivait à propos de la théologie du corps : « Elle sera regardée comme un tournant, non seulement dans la théologie catholique, mais aussi dans l’histoire de la pensée moderne ».

 

Elle traduit dans un langage parfois complexe - mais néanmoins audible par nos contemporains si on le leur rend accessible -  les belles affirmations du Concile Vatican II sur le mariage chrétien, où celui-ci est présenté comme une vocation à part entière, capable de conduire les époux sur un chemin de sainteté. Les récentes béatifications des époux Beltrame-Quattrocchi par Jean-Paul II en 2001 et des époux Martin par Benoît XVI en 2008 en sont une illustration stimulante.

 

De ce fait, les chrétiens mariés sont en droit de pouvoir recevoir et déployer   une spiritualité spécifiquement adaptée à la vocation du mariage. En complément de propositions faites par plusieurs mouvements chrétiens, l’ouvrage d’Yves Semen apporte une réponse qui s’inscrit comme la suite de son précédent ouvrage intitulé La sexualité selon Jean-Paul II. Son originalité est de fonder sur la théologie du corps de Jean-Paul II l’approche de ce que pourrait être une spiritualité spécifiquement conjugale.

 

Un beau parcours – exigeant et libérant à la fois - nous est offert, où s’exhale le parfum évangélique d’une certaine nouveauté sur le corps, le mariage, l’amour, la sexualité, dans lequel la personne humaine est considérée dans toutes ses dimensions : corps, âme et esprit. J’y suis d’autant plus sensible que le diocèse de Lyon est entré en septembre dernier dans un parcours de trois ans qui vise à approfondir notre mission de disciples du Christ : « Servir l’homme tout entiers », en écho à cette belle parole de Saint Paul : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entier et qu’il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps, pour la venue de notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Thes 5, 23).  Précisément, la première année de ce triennium est consacrée au corps, la deuxième à l’âme, au sens que Paul donne à ce mot (psychè), et la troisième à l’esprit.

Nous pouvons être reconnaissants à Yves Semen de rendre accessible le riche enseignement théologique de Jean-Paul II sur le corps en treize chapitres, ou plutôt treize esquisses, comme pour souligner qu’il s’agit plus de suggérer des pistes d’action et de réflexion que de présenter des réponses qui enferment. Sans doute, est-ce un aspect de l’enseignement de l’Eglise auquel les hommes et les femmes d’aujourd’hui sont sensibles. Comme le soulignait Jean-Paul II, « cette théologie du corps est indispensable pour comprendre de manière adéquate l’énoncé du magistère de l’Eglise contemporaine » (audience du 8 avril 1981). En ce sens, elle est appelée à jouer un rôle essentiel dans  la « nouvelle évangélisation » où l’Eglise, servante de la grandeur de la vocation de l’homme, lui rappelle qu’il est aimé infiniment par Dieu, sauvé par le Christ, et appelé à s’accomplir dans l’amour.

 

Les lecteurs trouveront en annexe à cet ouvrage un précieux compendium sur la théologie du corps de Jean-Paul II, qui en donne les principaux axes et aidera à les approfondir, à se les approprier. Souhaitons que de  nombreux époux en reçoivent un renouvellement intérieur et en communiquent la richesse au-delà de leur foyer.

 

Nous sommes au cœur de l’année sacerdotale, voulue par le Pape Benoît XVI  pour inviter toute l’Eglise à mieux saisir la mission du prêtre dans l'Eglise et dans la société contemporaine. J’ai apprécié que la dixième esquisse de ce livre soit intitulée « les époux et le prêtre ». J’y ai relevé cette belle affirmation : « Les époux et le prêtre sont ainsi appelés à se conforter mutuellement dans le don d’eux-mêmes. Le prêtre doit pouvoir voir dans les époux l’expression vivante de sa propre consécration comme les époux doivent pouvoir reconnaître dans le prêtre la figure parfaite de l’Epoux. » Quel beau chemin à parcourir, dans le don de soi, dans l’amour : « L’amour ne passera jamais » (1 Co 13, 8).

 

 

Le 8 décembre 2009,
en la solennité de l’Immaculée

Conception de la Vierge Marie

 

Cardinal Philippe Barbarin,

Archevêque de Lyon