INTRODUCTION

 

La Conférence des évêques de France a demandé, il y a déjà plusieurs années, que le sacrement de mariage fasse l’objet d’une préparation sérieuse et suffisamment longue, de l’ordre d’un an. Mais les documents manquent pour guider et accompagner cette réflexion préalable à l’engagement responsable dans le mariage et la réception en toute connaissance de cause du sacrement.

 

Certes, il existe des ouvrages sur les fiançailles dont certains sont excellents , et aussi quelques « parcours » de préparation, mais aucune de ces publications n’offre une synthèse systématique et complète de l’état le plus avancé de l’enseignement de l’Eglise sur le corps, la sexualité et le mariage. Cela met ceux qui se préparent au mariage comme ceux qui les accompagnent dans une situation délicate : d’un côté on impose – ce qui est une excellente chose – un temps de préparation conséquent ; de l’autre on ne sait pas très bien à quoi employer ce temps ni à quels outils autorisés avoir recours.

 

Malgré la bonne volonté incontestable de ceux qui demandent à l’Eglise le mariage sacramentel et le dévouement exemplaire de ceux qui consacrent leur temps et leur énergie à les accompagner, la préparation au mariage est ainsi condamnée à osciller le plus souvent entre les considérations psychologiques et les nécessités de la préparation de la cérémonie. Des registres essentiels sont souvent négligés notamment ceux de la dimension proprement sacramentelle –trop difficile d’accès - de l’éthique conjugale – trop délicate à aborder – et de la spiritualité conjugale – trop intime et laissée à l’appréciation des futurs époux.

 

Au total, ceux qui demandent le sacrement de mariage parviennent au jour de sa célébration avec une vision parcellaire de ce à quoi ils s’engagent et une vision tronquée du message de l’Eglise.

 

C’est d’autant plus regrettable que depuis les catéchèses de Jean-Paul II sur « L’amour humain dans le plan divin », l’Eglise dispose de l’enseignement pontifical le plus vaste et profond qui ait été élaboré jusqu’à ce jour, qui constitue une sorte de trésor inexploité ou qui l’est encore insuffisamment. Fruit de l’activité pastorale d’un prêtre puis d’un évêque qui s’est investi comme peu l’ont fait dans l’accompagnement des couples, du travail approfondi du philosophe et théologien hors pair qu’a été Karol Wojtyla, cet enseignement représente l’état le plus abouti de la pensée de l’Eglise sur l’amour humain et le mariage au point d’être considéré par certains « comme un tournant, non seulement dans la théologie catholique, mais aussi dans l’histoire de la pensée moderne ».

 

C’est ce manque que souhaite combler le présent ouvrage, qui a pour originalité de centrer la préparation au mariage sur cet enseignement de Jean-Paul II qu’il a lui-même qualifié de « théologie du corps », en même temps qu’il tente d’en tirer toutes les conséquences pratiques pour la vie des époux.

 

Il s’adresse à ceux qui se préparent au mariage, ou l’envisagent comme une possibilité, qui y trouveront un exposé aussi complet que possible de ce à quoi l’Eglise invite dans le sacrement de mariage. Il constitue également pour ceux qui les accompagnent une sorte de « somme » puisée aux sources les plus autorisées et les plus actuelles du Magistère de l’Eglise. Il se veut ainsi une forme de « manuel du mariage chrétien », à la fois fondamental et pratique.

 

On y trouve trois parties complémentaires :

 

1- Une analyse de l’amour et de ses différents stades de mûrissement qui permettront d’apprécier où on se situe par rapport à cet état ultime de l’amour qu’exprime le sacrement : l’amour « sponsal » ou amour de don de soi. Cette première partie, la plus courte, se réfère pour l’essentiel à l’ouvrage « Amour et responsabilité » du futur Jean-Paul II dans lequel se trouvent les prémisses de sa théologie du corps. Elle permettra aux futurs époux de discerner le degré de maturité de leur amour et le chemin éventuel qui leur reste à parcourir, la grâce aidant, pour atteindre cet « amour sponsal » qu’ils exprimeront, le jour venu, par leurs consentements lors de la célébration de leur mariage.

 

2- Un exposé systématique et pédagogique de l’enseignement de Jean-Paul II dans ses catéchèses sur la théologie du corps. L’enseignement original et novateur de Jean-Paul II délivré au début de son pontificat à travers les 129 catéchèses qu’il a prononcées lors des audiences générales du mercredi entre septembre 1979 et novembre 1984, s’il constitue un traité d’une valeur inestimable, n’en demeure pas moins difficile d’accès pour qui n’est pas familier de sa pensée. Il a été ici « traduit » dans des catégories et un vocabulaire accessibles à tous . Il est en même temps l’occasion de « revisiter » la plupart des vérités de la foi chrétienne dans la perspective du mariage et constitue de ce fait une sorte de catéchèses globale. Le cardinal Angelo Scola, actuel archevêque de Milan n’hésitait pas à dire que « presque toutes les notions théologiques – Dieu, le Christ, la Trinité, la grâce, l’Eglise, les sacrements – nous apparaîtraient sous un jour nouveau si les théologiens se mettaient à explorer en profondeur le riche apport des thèses de Jean-Paul II dans cette théologie du corps . La lecture de cette partie convaincra du bien fondé de cette affirmation.

 

3- Une partie plus pratique, centrée sur la spiritualité conjugale à la lumière de la théologie du corps de Jean-Paul II, à travers treize thèmes que nous avons appelées « esquisses de spiritualité conjugale ». Ces thèmes ne sont bien évidemment pas exhaustifs mais semblent cependant être des points concrets majeurs de toute vie conjugale chrétienne . On pourra les prendre dans leur ensemble ou n’en retenir que quelques-uns pour animer des séances de préparation au mariage. Les fiancés gagneront à les prendre comme matrices de leur dialogue pour apprécier et approfondir la convergence des leurs motivations. Chacun est suivi d’un guide d’échange qui peut être utilisé à la fois pour l’animation de réunions de préparation et pour faciliter les échanges entre les futurs époux . Cette troisième partie est une manière de reprendre de manière transversale et pratique les perspectives fondamentale de la théologie du corps qui ont été exposées dans la deuxième partie.

 

On pourra s’étonner – voire s’effrayer ! – de la longueur de ce livre. Qu’on se rassure. Il n’a pas été écrit pour être obligatoirement lu d’un bout à l’autre, mais pour être consulté sur tel ou tel point et aussi pour permettre d’y revenir, même – et peut-être surtout – après la célébration du mariage. C’est la vocation d’un manuel. On aura cependant avantage à lire d’emblée la première partie dans la mesure où elle permet de se situer par rapport aux exigences de l’engagement dans le mariage. La troisième partie gagnera à être lue à deux, mais pas nécessairement en totalité ni dans l’ordre des thèmes proposé. On y remarquera des redondances. Elles sont volontaires et ne sont pas des répétitions, mais elles manifestent que l’on en revient toujours à l’essentiel de l’amour : trouver dans le don de soi l’accomplissement de soi-même, ce en quoi consiste finalement la joie d’aimer.